Je suis partagée. Mon humeur vacille au fil de la journée. Entre pesanteur et bien-être. Rien de bien grave. Quelques déceptions (qui ne sont que la conséquence de mes actions – enfin de mon inaction plutôt), quelques joies aussi. Tout n’est pas si blanc, ni si noir. C’est un charmant camaïeu grisonnant. Et j’aime bien le gris. Il met en exergue les couleurs.
Je fais le bilan de ma vie, phase nécessaire, pour repartir dans le bon sens. Enfin, celui que je vais choisir, quitte à faire demi-tour. Je crois que je suis arrivée à un âge auquel j’aspire à autre chose que de l’éphémère. Je garde ma légèreté pour ce qui me semble le valoir. Pour le reste, j’ai besoin de bases plus solides. Une assise qui n’appartiendra qu’à moi et à ce que j’en ferai. Pour savoir retomber sur terre quand l’envie d’aller trop loin dans les étoiles devient dangereuse.
Peut-être appartient-il à chacun de bâtir son bonheur, non selon un schéma conventionnel et pré-établi par d’autres, mais suivant ses besoins propres. Je sais d’avance que le mien diffère en de nombreux critères de celui qui prédomine. Je regarde tout autour. Je n’envie personne parce que je sais ce qu’il y a au fond de moi. A moi de garder cette certitude et, de faire face à la virulence des reproches et des mises en garde de certains. Chacun a sa vision des évènements. Nous avons un ressenti différent. Je m’en rends compte. Je demande seulement qu’on se garde de croire savoir ce que je ressens et ce que je pense.
Cette tolérance permet d’évoluer ensemble, non dans la même direction, mais au moins, nous nous retrouvons en certains points. Parfois, il arrive que sur notre route, une personne marche à nos côtés. Vers l’île d’Utopia ? Je ne pense pas me leurrer autant. Un idéal, peut-être, mais un idéal accessible : le mien.
J’apprends aujourd’hui à accepter ma différence. Je ne souhaite plus coller à l’image qu’attendent ces autres. Et si je ne me retrouve en eux, je n’y vois plus aucun mal. Car, je n’ignore pas que mes amis adhèrent, à leur manière, à ce partage de valeurs communes. Voilà, toute la richesse que je perçois. Celle d’avoir trouver sur la route sinueuse de la vie, des personnes chères, avec qui le partage, la compréhension, la tolérance et le soutien sont les bases de l’amitié. L’acceptation de nos divergences et la certitude du bonheur.
Pourtant, je peux le dire au nom d’eux et de moi, la vie nous a rudoyés plus souvent que nécessaire. On aurait pu s’aigrir, tomber bas, tourner mal (très mal) mais je vois en eux, en moi, une force peu commune. Pour certains, nous avons su affronter de face la mort, la violence, la délinquance, les trafics en tout genre, l’alcoolisme, la petitesse, l’injustice, l’abandon… Nous avons dû être adultes avant l’heure pendant que certains continuaient d’arpenter les couloirs de la fac. Et même avant cela.
Je ne suis pas née au milieu d’un doux cocon. Chacun a sa croix à porter. Et la mienne se fait de moins en moins lourde grâce à leur présence. La présence de ceux que j’ai choisis pour le meilleur comme pour le pire. Je n’ai plus qu’une chose à dire : continuons contre vents et marées !