Elle n'était pas du genre à se faire remarquer.
C'était jamais elle qu'on invitait à danser.
Elle avait plutôt l'impression de gêner.
Peut-être avait-elle envie de tout casser.
Elle habitait plus loin, dans la rue d'à coté.
Je suis sûre que vous l'avez déjà rencontré.
Son visage était transparent comme l'été
Mais elle avait toujours l'air de s'ennuyer.
Elle voulait toucher le soleil.
Rien ne sera pareil,
Perdu dans son sommeil
Et puis les nuages étincellent
Sur des étangs de miel
Et mes larmes s'emmêlent.
J'ai toujours su qu'elle allait partir en fumée.
Elle aurait tout donné pour se faire oublier.
Un matin, en silence, elle s'est défilée
Et elle est partie sur la pointe des pieds.
Elle avait décidé de ne plus s'inquiéter.
C'était la fin de l'hiver, mais elle s'en foutait.
Au bord du quai, doucement elle a sauté.
Ses cheveux, lentement, dans l'eau ont flotté.
Elle voulait toucher le soleil.
Rien ne sera pareil,
Perdu dans son sommeil
Et puis les nuages étincellent
Sur des étangs de miel
Et mes larmes s'emmêlent.
Elle avait décidé de ne plus s'inquiéter.
C'était la fin de l'hiver, mais elle s'en foutait.
Au bord du quai, doucement elle a sauté.
Ses cheveux, lentement, dans l'eau ont flotté.
Elle voulait toucher le soleil.
Rien ne sera pareil,
Perdu dans son sommeil
Et puis les nuages étincellent
Sur des étangs de miel
Et mes larmes s'emmêlent.
Elle voulait toucher le soleil.
Rien ne sera pareil,
Perdu dans son sommeil
Et puis les nuages étincellent
Sur des étangs de miel
Et mes larmes s'emmêlent.
-Niagara-
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Le disque tourne sur la platine vinyle. Il n'y a pas de mode "repeat" aussi, je me lève plusieurs fois pour remettre la chanson. Elle me rappelle mon adolescence. Mes incertitudes et mes doutes. Mon introversion maladive d'alors. Elle est le reflet doux-amer de cette période encore vive parfois.
Je ne suis plus la jeune fille quasi muette d'antan, mais j'ai gardé mon univers imaginaire accessible à peu voire personne. Il me protège des infamies et de l'hypocrisie qui peuvent de temps à autre se dégager du quotidien. Il est une barrière entre moi et les autres que j'entretiens toujours malgré moi.
On avait appris cette chanson en troisième. Un professeur de musique vite appelé à disparaître au regard des obligations militaires. A la place, on a eu un autre professeur de musique qui nous faisait chanter en espagnol alors que nous étions une classe d'allemand première langue.
Elle s'en foutait...
Comme les trois quarts du temps.
Elle voulait toucher le soleil...
J'essaie toujours.
Maintenant, je peux l'écrire : cela fait une semaine que j'ai cessé mon traitement. Ce sera au grand dam de mon médecin. Elle voulait que je continue. Je ne le désirais pas. Alors, du jour au lendemain, j'ai laissé dans le placard ces anti-dépresseurs qui loin de me procurer un équilibre, menacait mon essence.
Il y a un mois, j'ai confié à une personne de confiance, les effets inquiétants de ces petits cachets. Nul autre que lui savait que je ne voyais plus rien qui me retenait sur terre. Certain évènement m'a foutu une claque dans la gueule. J'y ai vu ce que je deviendrais si je continuais ainsi. Je fleurtais dangeureusement avec l'idée de mettre un terme à tout cela. Or, je savais, bien que des tentatives échouées ont marqué mon adolescence, que ce n'était pas moi. Pire, je gardais cela en moi, furieusement caché à autrui afin de m'assurer de ma réussite au cas où...
Doucement, elle a sauté...
Trois fois, j'ai sauté. Avant. Il y a longtemps.
C'est pourquoi, il y a une semaine, j'ai cessé de croire aux vertus soi-disant miraculeuses de ces molécules. C'est pourquoi, je ne compte plus que sur ma seule volonté pour m'en sortir. Et enfin, ressentir sans anesthésiant.
C'est pourquoi, aujourd'hui, je veux croire en demain.
Que cela puisse servir à quelqu'un.
No comment, please.