Extraits :
Une petite pierre tombée du ciel, précieuse, magique, unique : un rêve qui devient réalité, ou une réalité dont on se demande si ce n’est pas un rêve. Bouleversement de la rencontre, comme une concentration soudain de particules qui soudain explose sous l’effet d’un regard, d’un mot ou d’un sourire. Elle me fait autre : nu, transparent, différent. Impossible de retourner en arrière, inutile de tricher, rien n’échappe à son emprise ; l’atteinte est profonde et irréversible.
Comment pourrais-je alors ne pas m’affoler, ne pas m’inquiéter du sort qui ne m’appartient plus ? Même si je veux , je ne peux plus me fuir, aucun moyen de m’évader, aucun lieu où me dérober. Il me rattrape toujours celui que je suis devenu, car, si je ne me reconnais plus, je ne me suis pourtant jamais si bien connu. Comment pourrais-je désormais me cacher moi-même ce qui, jusque dans le sommeil, me revient sans cesse en rêve ?
Je suis incapable de tout cet amour. C’est moi, c’est bien moi le protagoniste de cette belle histoire. Pour les autres, c’est normal, mais pour moi j’ai toujours été convaincu que c’était impossible. Et, maintenant, suis-je réellement capable de vivre cet amour ? Ne serai-je pas toujours accompagné par la peur de perdre : de la perdre et de me perdre ? Que va devenir mon existence qui sans elle n’a plus de sens ? Qui suis-je puisque je ne sais qui elle est ?
Cette inconnue m’a révélé à moi-même, belle étrangère qui est venue à ce point envahir ma vie que je ne peux que me soumettre à sa volonté, moi qui ne savais que dominer. Mais, si par miracle, elle a pu m’arracher du néant pour me donner la vie, quel espoir insensé pourrait me laisser penser que je n’y retournerai pas un jour, quand, m’abandonnant au bord de la route, elle préférera un autre que moi ?
Comment ne pas éprouver le désir de fuir, le plus loin possible, cette douce créature qui me fait la vie si belle ? Je suis pris d’un vertige insensé devant toute cette étendue de plaisirs auxquels je m’étais jusque-là défendu de croire. Avant, peut-être étais-je malheureux, mais au moins pouvais-je rêver. Maintenant il me faut vivre ma vie et renoncer à mes rêves.
J’aimerais pouvoir encore imaginer mon existence, me libérer de cette peur de n’être jamais à la hauteur de mes espérances. Et je me prends ainsi à regretter, regrets que je me reproche aussitôt, le petit monde qui était le mien, confortable et insatisfaisant, mais où rien ne pouvait m’atteindre car je n’avais alors rien à craindre. Si ce n’est, et je le sais bien, l’ennui et la mort.
Alors, dès qu’elle s’éloigne de mon champ de pensée, je l’appelle de toute mon âme, je supplie le ciel de me la rendre, toute proche, complice et tendre comme j’aime tant qu’elle soit. J’en perdrais la tête si elle devait à cet instant disparaître. Viens, reviens vite, tu me calmes et tu le désespères. Aime-moi à la folie, moi qui suis fou de vouloir te quitter. Laisse-moi vivre, mais ne me quitte jamais.
Magie de la rencontre : bonheur absolu de cet état d’exception qui vous fait perdre la tête autant qu’il vous permet de vous retrouver, et qui, sitôt que vous l’avez trouvé, vous fait déjà craindre de le perdre. Par son intensité, le sentiment amoureux vous désespère autant qu’il donne lieu à toutes les espérances, et, s’il vous console des chagrins passés, il laisse présager les plus grandes souffrances.
Si vous vous engagez dans cette nouvelle aventure, armé et prévenu comme si vous partiez à la guerre, déjà trop plein des douleurs de l’enfance pour oser croire à un bonheur possible, il vous faut alors lutter contre votre propre passé avant que d’accepter cet amour qui pour vous ne peut être qu’imparfait. Et, si ce n’était la force de l’évidence, peut-être vous seriez-vous une fois de plus interdit cet amour que vous pensiez n’être pas pour vous.
Extraits de Histoires d’amours, histoire d’aimer, Catherine Bensaid
Etonnante psychologue, elle m’épate, ce livre m’épate ! Et je ne fais que le commencer.