8h20,RER A en direction de Paris, quelques notes de guitare tintent dans le wagon. Les passagers lèvent la tête, presque las de ce phénomène récurrent. Ils s'apprêtent à replonger qui dans son livre, qui dans ses pensées. Mais la mélodie les accroche. Elle est belle, elle est jouée délicatement. L'homme n'essaie même pas d'y apposer sa voix, certainement conscient de son manque de talent dans ce registre. Il joue simplement et les notes glissent séduisant ces hommes et ces femmes déjà fatigués en ce début de matinée. Et cela dure.
Ils lèvent une nouvelle fois la tête pour étudier ce virtuose à l'apparence insignifiante. Un SDF très certainement. Mais il n'a pas le visage ravagé par l'alcool, il n'a pas ces vêtements d'une propreté douteuse, il n'a pas de barbe sauvage et les cheveux mal peignés. Non, il est propre, rasé, coiffé. Il joue simplement sans trop d'espoir. C'est ce qui le maintient dans un semblant de dignité.
Il a fini, il ne se lance pas dans un discours sur la misère de sa vie. Il sort juste un porte-monnaie élimé, désespérement vide.
Et les gens donnent. Beaucoup. Moi aussi. Je cherche une pièce d'un euro et je n'en trouve qu'une de deux. Je la mets dans le porte-monnaie qui se remplit.
Il repasse une nouvelle fois, j'ai le temps d'étudier son visage. Il sourit avec incrédulité. Il ne semble pas habitué à tant de générosité.
C'était un instant hors du temps quasi magique.